vendredi 21 décembre 2012

PATRICE FORSANS, PHOTOGRAPHE


J'avais d'abord cru pousser la porte de son atelier de la rue Mégevand à Besançon, comme d'autres l'auraient fait bien avant moi à l'entrée de quelques adresses célèbres au 19e siècle à Paris. Celles où naissaient les Daguerréotypes de Nadar au 35 bd des Capucines, ou ceux de Charles Legros au 199 de la rue St Honoré. Ces maisons où l'on façonnait son nom et sa réputation avec des plaques à l'albumine, des catolytes ou des Émulsions au gélatino-bromure d'argent... 
  
Patrice Forsans est "photographe à Besançon", une profession comme on l'indiquerait aussi facilement au recto de n'importe quelle carte de visite commerciale d'un millier de ses collègues, mais qui ne résumerait rien de ce grand artiste de la rue Mégevand ! Depuis quelques années le photographe d'origine Parisienne se consacre à une oeuvre singulière en noir et blanc qui fait l'objet d'une exposition dans son atelier Franc-Comtois mais aussi dans le quartier du Marais à Paris où un grand projet est en train de voir le jour. "Régénérations" ou le principe du souvenir d'un monde, déployé sous le prisme d'une multitude de points de vues possibles. "Si je me retourne, explique l'auteur" et que j'essaye de me rappeler une chose, j'aurais du mal à vous en livrer une seule définition". Tout est question de taille, de proportion sous la lumière de Patrice Forsans. Dans la matière des tirages barytés qu'il façonne lentement devant son écran d'ordinateur, l'ancien reporter des Pompiers de Paris devenu ce génial portraitiste du centre-ville Bisontin, syncrétise ses expériences humaines, ses fêlures d'homme surtout ! dans un rapport aux formes d'une sensibilité déconcertante. Le résultat : cette épure graphique à la bonne mesure de nos confrontations incessantes avec le temps qui passe et l'alchimie de nos amours perdus. Plus que la lumière, le temps dérègle nos trajectoires philosophiques dans la matière sombre qui nous réuni tous. Tout ne serait-il qu'une affaire d'ombre ? L'architecture secrète de la mélancolie. Où "notre part d'ombre"verrouille sa cible émouvante sur nos futures incandescences. Des arbres, mais tout ce qu'ils nous ressemblent. Le principe de l'infiniment raisonnable, poussé dans ses retranchements définitifs au confins de l'immense chaos cosmique. "Qui sommes-nous ? D'où venons-nous ?" La question a été mille fois répétée... Mais dans l'oeuvre troublante de Patrice Forsans, l'interrogation prend une forme essentielle, magnifique.
Jean-Luc gantner


PATRICE FORSANS
Atelier-Contrast / 12 Rue de l'Avenir 25000 Besançon / France
Tél : +33.[0]3.81.50.76.62 Mobile : +33.[0]6.82.20.30.79

samedi 17 novembre 2012

PATRICK EDLINGER EST MORT


Il avait 52 ans. Patrick Edlinger est décédé. C'est le Dauphiné libéré qui a donné l'information vendredi soir 16 novembre. Le grimpeur était une véritable légende de l'escalade. Dans les années quatre-vingt, le film "La vie au bout des doigts" réalisé par Jean-Paul Janssen, avait considérablement contribué à médiatiser la discipline. Patrick Edlinger devait participer aux 14e "Rencontres du cinéma de montagne de Grenoble" ce mois de novembre 2012. Difficile de décrire le grimpeur sans l'image qu'il aura véhiculé toute sa vie. Celle d'un homme "libre" comme il le rappelait toujours lorsqu'il répondait à des interviews (Je ne sais pas exactement ce que contient cette définition un peu facile ?!... L'auteur de quelques solos magnifiques à Buoux dans le Lubéron, au Mali ou encore dans les les Gorges du Verdon...


   
Patrick Edlinger en 1983, lors d'une tentative à vue de "Chimpanzodrome" 7c+ / Les Saussois dans l'Yonne
PHOTO © Jean-Luc Gantner

Le grimpeur médiatique avait été le rédacteur en chef de Roc'n Wall entre 1997 et 2000 (un magazine entièrement consacré à l'escalade dite "libre") une pratique dont il aura été une des figures les plus représentatives après des types comme Jean-Claude Droyer, Marc et Stephane Troussier, puis Jean-Pierre Bouvier,  Laurent Jacob, Jean-Baptise Tribout et les frères Marc et Antoine Le Menestrel... En 1986, Patrick Edlinger gagne l'une des toutes premières compétitions internationales d'escalade organisée à Bardonecchia et part représenter la France sur une épreuve en Russie un peu décalée de nos propres concepts occidentaux du moment. Que restera-t-il de tout ça ? Les compétitions d'escalade... on trouvait ça vraiment nul à l'époque avant que tout le monde se prenne au jeu bien sûr ! Les murs synthétiques au lieu des bivouacs en hiver sous les falaises de Saffres ou du Saussois. Des chronomètres officiels et des cadres fédéraux au lieu de nos errances dans la matière des grandes  parois du sud de la France ou du massif du Mont-Blanc.  Le public se souviendra longtemps du "Blond" "les mains nues" (comme la formule un peu "débile" était restée après une publication d'Actuel puis de Paris match). Mais le public, on s'en fout !... Patrick Edlinger, foutu le camp après ce Walter Bonatti en septembre de l'année dernière. Voilà ! JLG

vendredi 16 novembre 2012

JUSTE AVANT LE COUP DE FREINS !



Tony… vient de terminer toutes ses manip informatiques sur son portable, vérifier ses # sur son compte twitter, autoriser ses nouveaux amis cyclistes sur Face Fook, et télécharger les dernières mises à jour essentielles pour profiter pleinement des sites marchands les plus réputés du moment sur Internet. Tony jette un coup d’œil rapide sur le temps pourri à travers la fenêtre pendant qu’il flashe totalement sur une paire de chaussures Giro™ à 274,95 euros. Des pompes de vélo « à lacets » au look rétro malgré leur super couleur argent marquée de vert fluo. Une belle paire de pompes toutes neuves alors que Tony en a déjà une armoire pleine. Des souliers à velcros et des godasses à système de serrage par câble. Tout un placard de grandes marques™ moulées dans le carbone. Il tombe des cordes ce jour-là. Tony se dit qu’il essaierait bien de mettre le nez dans la théorie du même nom expliquée sur une fiche Wikipédia pour tenter de comprendre les origines du monde qui l’entoure et réussir à mettre au point une méthode efficace pour éradiquer définitivement cette météo de merde de son espace vital.


 

PHOTO © Jean-Luc Gantner



Tony se dit ça surtout dans la perspective de trouver une faille tangible dans le chaos ambiant… Toute une playlist de commentaires dans la presse et sur les réseaux sociaux à propos d’une cohorte de champions déchus par exemple ! Tout un peloton, dégradé, jeté à la vindicte selon la parfaite illustration du principe de la thermodynamique des trous noirs. Une matière sombre déjà oubliée, remplacée par un flux d’infos débordant d’idées fixes (Idéfix… Ce serait pas le chien d’Obélix ?!... Le clébard qui suit partout le livreur de menhirs dans les BD d’Uderzo, alors qu’il nous avait montré qu’il savait aussi courir tout seul derrière les petits lapins dans une édition des années soixante dédiée uniquement aux enfants et aux chiens…) « Rien ne se perd, tout se transforme » disait Lavoisier… Mais je me demande quand même bien ce que je vais pouvoir foutre d’un Fox terrier de bande dessinée belge au milieu d’une tentative de dérapage sémantique concernant la matière d’une sortie d'automne à vélo.




PHOTO © Jean-Luc Gantner


Tony, face à son écran, tente un rapide calcul de masse grasse à ne surtout pas dépasser pendant l’hiver, rapportée à la gravité des événements planétaires survenus lors de ces dernières vingt quatre heures, mais n’aboutit à rien de probant qu’il pourrait publier dans les pages sportives d’un journal sérieux comme le 19/20 de France 3. Tony, empêtré dans ses calculs de statistiques (la probabilité quasi nulle d'être reconduit à son poste de reporter sportif après la rédaction d'un papier aussi sérieux que celui là à la rubrique météo. Comme celle de voir passer Bradley Wiggins en jaune sous l’Arc de Triomphe depuis la porte Maillot. La porte Maillot… qui peut bien porter ce qu’elle veut de jaune ou d’autre chose le jour ou tout le monde a les yeux fixés sur la remise de tricots officiels des Champs-Elysées).
Ce brave Tony… qui repense alors à l’hymne solennel d’une grande boucle convertie cette année dans la langue de Joe Strummer ou de Sid Vicious ?!... Juste comme ça, juste à ce moment là. Une pensée d’un Anglais à Paris qui lui traverse l’esprit comme un morceau de musique punk au milieu d’une séance d’enregistrement de Justin Bieber. Une idée idiote, comme celle d’offrir une Zipp™ 404 à Stephen Hawking ou utiliser un Sram™ Red pour essayer de raccorder les fans de David Beckham aux lecteurs d’Arthur Miller ou de Jonathan Coe. Un putain de joueur quand même ! Enfin, un putain de joueur d’avant 2007 surtout ! Le Beckham de Manchester United ou du Real Madrid plutôt que le footeux de salon dans Gala… Le Beckham qu’on aurait tous bien vu au PSG. N’est-ce pas Thibaut ? Même si, bon, c'est vrai ! le mec demandait un peu cher (se prenant certainement pour une fabrique de ballons d’or à lui tout seul, et sans jamais avoir foutu un seul pied à l’usine…)




PHOTO © Jean-Luc Gantner




Une connexion baroque sur le réseau au lieu d’une belle continuité linéaire adaptée aux séances prudentes de métaphysique commerciale. Bref ! À force de penser derrière sa fenêtre avec la matinée qui défile et le soleil qui finit quand même par revenir, Tony se décide enfin à prendre le large pour profiter d’un bout de ciel dans les tons secs prévus pour le restant de l’après midi ; récupère une de ses bécanes posées sous la fenêtre du salon (celle avec ses deux gros pneus crantés prévus pour les terrains vagues et la boue, la houle sous la selle et les glissades esthétiques sur les paquets de feuilles détrempées) et s’élance pour une bonne sortie d’entrainement sur son vélo des bois.
Une randonnée cramponnée au chronomètre pour voir le monde filer à toutes bombes sans avoir le temps de réfléchir au degré d’entropie laissée derrière soi ; sentir l’air glacé pénétrer dans les poumons incendiés par la contrainte physique, la difficulté du combat livré.




PHOTO © Jean-Luc Gantner



C’est là que j’ai croisé Tony. C’est con, mais je croyais l’avoir perdu de vue depuis qu’on s’était engueulé à propos d’un titre de Lou Doillon (C'est fou ce que l'on peut quelquefois s'engueuler pour des trucs vraiment sans intérêt !) Un titre génial, certes ! « mais sur un disque chiant à mourir, je maintiens... » (On n’est quand même pas chez Drucker ici, non ?!) Remarquez que quand je dis « un disque », je dis « un disque » parce qu’on a toujours dit comme ça. Comme on parle d’un tas de trucs qui n’existent plus depuis l’invention d’Internet, mais qu’on continue quand même d’appeler comme on l’a toujours fait pour se persuader d’un vieux monde matériel qui persisterait malgré tout, un monde de choses en dur qu’on peut aussi toucher comme un vélo sur lequel on peut encore poser son cul en se faisant mal aux jambes avec les muscles qui brulent et le cœur que l’on sent battre un peu fort dans les côtes.




PHOTO © Jean-Luc Gantner



Bon ! Où on en était nous avec tout ça ?!... Oui, ce Tony que je croise la tête baissée sous sa casquette de cyclocrossman et les orteils bien enfoncés dans ses cale-pieds. Le genre de mec qui se fout pas mal de tout ce qui se confond dans les journaux sérieux dont on parlait à l’instant, et de la jolie gente qui les remplit. Tony dont je prends la roue comme d’autres confrères prennent aussi un paquet de notes pour se souvenir de la marque™ du magasin. Le côté « gente » qui en connait un rayon sur tout ce qui bouge sous les pneus, les mouvements planétaires et la cosmologie générale.




PHOTO © Jean-Luc Gantner



C’est là qu’il s’est remis à pleuvoir. Juste une bruine, un crachin désagréable pour foutre en l’air le beau contraste sur les photos. Tony s’était barré dans une descente débridée, un rythme infernal dans la terre glaise et les effleurements calcaires sous le tapis végétal cramoisi ; une pente redoutable bien au-dessus de mes moyens, me laissant à mes propres pensées agitées des siennes alors en pleine débandade. Une sacrée secousse au moment de me résoudre à serrer les freins.




PHOTO © Jean-Luc Gantner


Et moi qui étais parti pour vous raconter le beau film de l’été prochain. Cantador, Froome, Rodriguez, Valverde… Wiggins en difficulté dans la deuxième grimpée de l’Alpes pendant que Rolland décide d’attaquer les frères Schleck au passage de la moto TV… Thibaut Pinot en guerrier sur les pentes du Ventoux pour avoir le droit de savourer une Despé sous le podium après avoir enfiler le maillot à pois. Toute une saison de cyclo-cross en cours avec la photo de Francis Mourey chaque semaine dans les journaux. Les classiques qui suivront avec un Tom Boonen affuté comme une faux avant les moissons ; Gilbert prêt pour la revanche ; et le match Cancellara, Sagan... Juste avant le départ d’un 100e Tour de France en Corse. Une randonnée d'enfer dans les pages du Blog Cycliste ! Jean-Luc Gantner





vendredi 19 octobre 2012

LE VOYAGE A BICYCLETTE



Cette route là, sent l’automne à plein nez. « Des feuilles mortes qui se ramassent à la pelle » et des flaques d’eau qui éclaboussent nos plannings surchargés. Novembre en octobre… comme toutes ces incongruités qui accompagnent dorénavant nos voyages modernes de toutes sortes. Cette incessante chorégraphie quantique sur nos écrans, ces inlassables remises à jour de tout ce qui bouge, du plus petit mouvement dans l’air, et du moindre rond dans l’eau. Déjà l’automne ; les casquettes en mode « Belge » bien enfoncées sur les oreilles. Le temps pourri des caleçons longs et des capelines qui se ramène un peu tôt ces jours-ci. La saison des chaussettes épaisses et des imperméables étriqués qui débarque avant l’heure prévue. Cette bruine, ce crachin aux couleurs métalliques qui concourt aux horizons humides de l’arrière saison. Mais rien, qui ne saurait empêcher tout à fait une grande sortie à bicyclette arrangée sur le vif d’une envie subite de prendre le large.


 PHOTOS © Jean-Luc Gantner

 Sur la carte, un peu plus d’une centaine de kilomètres sur les rives du Doubs. Un aller-retour entre Besançon et Dole dans le Jura à l’allure d’une simple trace nomade et tout ce qu’il y a de plus écologique. Besançon, Boussières, St Vit, Dampiere, Rochefort-sur-Nenon et Dole jusqu’au pied de la Collégiale. Un bout de chemin sur l’itinéraire « Nantes Budapest » de l’Eurovélo N°6. L’idée qu’au retour, l’envie me prendrait alors de poursuivre la route jusqu’à Mulhouse et puis la Suisse, Bale, et le lac de Constance à la frontière allemande, le château d’Arenenberg pour les amateurs, d’autres préféreront la réécriture d’une station balnéaire dans le style art nouveau. A chacun sa route !… celle d’Herman Hess passait par là dans les premières années du vingtième siècle, où peut être l’écrivain réfléchissait-il sur son futur « Loup des steppes ». Ce malaise, cette âme errante de Harry Haller, le personnage principal du grand auteur allemand, en proie à quelques doutes sur la condition humaine, une crise existentielle face à son destin terrestre inéluctable....


Herman Hess, le temps de reprendre son souffle sans quitter le sujet qui nous préoccupe ici : Le voyage… Un voyage, initiatique, dans le cas de ce « Loup des steppes ». Un monument de la littérature plutôt qu’une bastille de pensées touristiques toute faites, pour en rester à l’objet de la belle carte postale d’un beau lac bien fait. La route… ou la perspective de quelques milliers de kilomètres à parcourir juste droit devant. La route… qui n’en finirait plus, comme seule case à remplir sur mon calendrier. L’Autriche, Vienne et le Café Prückel, les peintures de Gustav Klimt… et un requiem de Mozart bien sûr, pour compenser cet oubli inexcusable d’avoir laissé Salzbourg en chemin. Une bonne séance d’endurance jusqu’à Bratislava en Slovaquie l’histoire de voir son beau tramway ; puis Budapest la capitale hongroise (l’autre pays du Tramway…) La ville de naissance de Robert Capa, le photographe reporter de guerre ami de Cartier Bresson dont le nom restera a jamais gravé dans la mythologie du photojournalisme et dans celle de l’antifranquisme. Budapest, pour dévorer un de ces Goulasch typiques ou un ragout d’agneau au paprika (C’est qu’il commence à faire faim sur la route après plus de 3000 kilomètres à pédaler sans relâche la tête dans les étoiles d’une communauté européenne toute concentrée sur la même cuisine économique et financière qui lui déchire l’estomac depuis des mois.




Le Danube plonge ensuite d’un coup plein sud vers l’ancienne Yougoslavie, Osijek, Vukovar en Croatie (la ville martyre du conflit Serbo/croate avant celui quatre ans plus tard de Srebrenica en Bosnie-Herzégovine. La dernière grande barbarie du vingtième siècle où s’illustrèrent les très zélés Miroslav Radic, Goran Hadzic, et autres Ratko Mladic… tous sous le contrôle politique de Radovan Karadžić ; le psychiatre et dirigeant Serbe, qui avait orchestré le siège de Sarajevo, accusé de génocide et de crime contre l’humanité comme le fut avant lui le président des Serbes Slobodan Milošević décédé avant la fin de son procès à La Haye. Un procès pour juger les principaux responsables serbes impliqués dans les atrocités militaires commises durant la guerre de Yougoslavie qui a repris au cours de ce mois de novembre 2012 au Tribunal pénal international avec à la barre, Radovan Karadzic, l’ancien chef politique des Serbes de Bosnie. L’homme, poète à ses heures, s’est d’abord présenté devant les juges mardi 16 octobre dernier en « artisan de la paix », soulignant son souhait « d’être récompensé pour toutes les bonnes choses qu’il aurait accomplies dans sa vie ».) Cette constance qu’ont les hommes d’avancer tête baissée et sans jamais vouloir s’acquitter de rien…


L’Eurovélo 6 quitte maintenant la ville de Novi Sad dans l’ancienne Voïvodine, et puis Belgrade, la ville blanche… d’où toute l’affaire était partie du temps où avec un ami photographe, nous tentions d’apprendre le métier dans cette grande débâcle générale des Balkans en dormant sur le front avec nos bons vieux Nikon™ argentique qu’on oubliait quelquefois dans les bars une fois rentrés chez nous. C’était il y a exactement vingt ans maintenant. )


Une route comme prétexte au réarmement des souvenirs à haute tension le long d’un Danube qui n’aurait peut-être pas obligatoirement la même définition romantique pour tout le monde. La route reprend vers l’Est et délaisse encore Bucarest au pied de la Transylvanie, la capitale roumaine, dont ceux de ma génération associent encore le nom de Ceaușescu à l’histoire des républiques socialistes qui s’est arrêtée là dans un bain de sang, en 1989, quelques semaines après la chute du mur de Berlin. La Roumanie… et je préférerais volontiers retenir ces formes d’un « baiser » parfait de Brâncuși, le sculpteur originaire des Carpates débarqué à Paris dans l’époque des Ready-made de Marcel Duchamp pour foutre un sérieux bordel dans l’académisme d’une discipline encore toute dédiée à ces « Rodin » du XIXe siècle toujours persistants.



Ma route délaisse par le sud cette évocation d’un monde aujourd’hui enfoui sous les couvertures des livres d’histoire, comme le nouveau ruban d’asphalte tendu aujourd’hui entre l’Est et l’Ouest m’épargne la visite de la Moldavie toute proche. (Avec mon frère d’armes déjà à mes côtés en Yougoslavie, nous avions traversé ce pays alors en proie à la guerre civile dans les années 90… Deux camps, dont l’un adossé à l’Ukraine agissait sous les ordres du général Lebed, commandant en chef à l’époque, de la 14e armée de la fédération de Russie basée à Tiraspol pour empêcher la Transnistrie de basculer du côté de l’Otan. Une route semée des pires embuches administratives et surtout militaires au lendemain de l’effondrement de l’Union Soviétique.


La Moldavie côté Dniestr dont les autorités locales de tout acabit, nous avaient les unes après les autres dépouillés de tout ce qui pouvait représenter la moindre valeur financière resté en notre procession après le long voyage qui nous avait conduit jusque là. Des opérations de rétorsions menées sous la menace de Kalachnikovs, et dans des reflux d’alcool en habit de camouflage dont je n’ai rien oublié des effluves rustres et bestiales ; tout ce qui délitaient peu à peu notre objectif de reportage dans la région !) Ce territoire de facto, actuellement « la république Moldave du Dniestr » seulement reconnue par elle-même au profit certain de trafics en tout genre. Une plaque tournante pour les ventes d’armes, la drogue et les réseaux mafieux. « Bienvenue au pays des derniers soviets ! » comme l’a écrit Frédéric Delorca en 2007. Le dernier endroit au monde où le marteau et la faucille dominent encore aux frontons des Kolkhozes réfractaires. L’ultime endroit où l’idéologie des goulags a encore force d’esprit ; où Lénine tient encore de tous ses boulons bien serrés… Un cadavre de l’URSS dans le plus pur style néo-classique cher à Rodtchenko. Ces chef-d’œuvres pompeux encore bichonnés comme les carrosseries d’antiques Lada posées en agrément des paysage de béton défoncé.

 PHOTOS © Jean-Luc Gantner

La route prend fin à quelques dizaines de kilomètres d’Odessa sur les rives occidentales de la mer Noire. Je ne peux éviter la mythique bande muette d’Eisenstein qui se superpose au grand escalier « Potemkine » et menant ces temps ci à un immense centre commercial. Le boulevard Primorski ou l’on aurait aperçu Pouchkine au temps de la grande Saint-Pétersbourg. Hermann Hess, Robert Capa et les cafés viennois, Sarajevo, le constructivisme soviétique et l’exil de Pouchkine sous le règne d’Alexandre… Une journée de repos bien remplie sur ma bicyclette pour décompresser d’une semaine de boulot. Jean-Luc Gantner 


 

jeudi 13 septembre 2012

"LE THÉORÈME VIVANT"



J'hésite entre naviguer sur une page commerciale d'Interflora pour lui envoyer des roses ou lui commander une paire de pompes chez Christian Louboutin. Un modèle Fifi à 500 euros avec des talons de 100mm (la version rouge parce que le noir est épuisé). C'est nul ! oui je sais !... Le temps est dégueulasse. Je finis de boire mon café sur le site marchand de la Librairie Eyrolles. La vieille librairie technique et scientifique du Bd St Germain où j'aimais trainer quand j'étais gosse. Eyrolles.com fait la promo d'une conférence intitulée "Giacometti et Ravenne autour de la Franc-maçonnerie". Une simple annonce sur l'écran, dans un bandeau strictement grisé pour préciser la date d'une causerie ringarde et disproportionnée à quelques pas de la Seine. Giacometti et... Ravenne (l'ancien port Romain... Comme il faut toujours tout rapporter à l'Empire Romain et à la Franc-Maçonnerie ; comme tout ce qu'il faut sans cesse citer Hitler et les Juifs pour tenter de se comprendre entre nous d'une idée d'aujourd'hui... Comme il faut toujours tout rapporter au silence d’ébène ou aux fruits défendus ; aux nuits courtes dans ses bras indolores. Tout ce qui chancelle au creux des vagues illicites. Comme si toute cette façon de refaire le monde par la matière d'un rapport d'échanges érudits entre nous pouvait encore ajouter quelque chose au joyeux bordel ambiant. Je médite une seconde sur l'image d'une couverture installée en tête de gondole : "La communauté du management", un machin encore à vendre dans sa version papier s'affiche à côté de cette fabuleuse digression de Jean-Yves Jouhannais "L'usage des ruines". Des couvertures au hasard. "Le vocabulaire illustré de l'ornement", ou le valeureux "Théorème du vivant" de C. Villani. Quel temps de merde ce matin !

PAULINE FERRAND-PREVOT/ PHOTO © CINDY THOMAS

Le trackpad multi-touch de mon MacBook flambant neuf de l'an passé me conduit tout droit sur une photo en noir et blanc de Pauline Ferrand-Prevot (une jeune cycliste Française embauchée dans une grande équipe Hollandaise avec une marque d'une grande banque coopérative de crédit collée sur le cul). Pauline au bout d'une requête sur le moteur de recherche rivé à ma mémoire centrale qui dégouline de partout. "Pauline à la plage"... et ce bain de roses filmé par Sam Mendes en 1999 par je ne sais quel principe d'analogie numérique. Le principe du comptoir Google™ où je me sers chaque matin comme tout le monde dès le petit déjeuner. Cet "anticyclone de retour par la côte Atlantique" juste le jour où je dois reprendre le boulot ; celui d'Alberto Cantador sur la Vuelta devant el senor Valverde et son pote Rodriguez à Madrid ; Peugeot™ qui sortirait du CAC 40 alors qu'il ne fabrique déjà plus de vélo depuis longtemps ; le nouveau Look™ de Pauline posée sur un Géant™ de l'industrie du cyclisme made in USA et fabriquée en Asie du Sud Est comme le reste ; l'ésotérisme dans la littérature ; les cabines de bains de mer à Deauville ; le Destin d'Yves Mourousi sur France 2, celui de Youssef Chaïne sur aucune chaine du service public ; la grande histoire des cathédrales racontée aux enfants entre deux matchs foirés au FCSM... Tout ce merveilleux foutoir en plein écran pour pas gâcher l'espace vide sur les côtés. Un truc brillant en taille XXL, et très près des yeux pour ne pas être distrait par la lumière du jour. La grande intox des cavernes modernes après la dope télévisuelle des années quatre-vingt. La communication à haute dose sur le modèle d'une prescription obligatoire pour rester encore un peu devant y compris les jours de pluie. Le type écoute Jeff Buckley sur une playlist d'iTunes devant son reste d'écran décoré au café de la veille. Enfin juste "Dream brother de Jeff Buckley. Rien se veut se lever au dessus de la peupleraie dégingandée de la Place Grandvelle. Tous les piafs rabougris qui pissent dedans. Il se dit que Miossec serait pas mal non plus, mais qu'elle n’apprécierait pas forcément à cause de l'âge dans la chanson. "30 ans"... Et que ça ferait quand même un peu long pour arrêter de brûler ses souvenirs sur fond de voyages alternés. Qu'il vaudrait mieux tout laisser comme ça, sans toucher à rien des coups de soleils brisés. 30 ans d'économie de tendresse au milieu des circuits électriques, en évitant de tout étaler sur les murs des voisins pour que tout continue comme avant. Les fonctions d'aiguillages et les éclatements d'atomes dans les gares de triage. JLG

jeudi 12 juillet 2012

TOUR DE FRANCE 2012 EN FRANCHE-COMTÉ





LE RÉSUMÉ TV DE 3 JOURS DE TOUR DE FRANCE EN FRANCHE-COMTÉ 
REPORTAGE © France Télévision 2012 
JL Gantner, Denis Colle, Thomas Hardy, Alexandre Baudrand, Vincent Fois 
(avec les moyens de France Télévision Sport)


 LE DIRECT TV SUR FRANCE 3 LE SOIR DU 9 JUILLET 
JL Gantner (avec les moyens de France Télévision Sport)
© France Télévision 2012



 

lundi 9 juillet 2012

mardi 26 juin 2012

REFLET



L'image provient d'un reflet de la montagne à la surface du lac des Gaillands. Un panorama, un des plus classiques au sud de Chamonix dans la mouvance de l'expression romantique chère à ce Monsieur Rousseau duquel on fait grand cas ces jours-ci. Une vue "négative"des aiguilles au hasard des vibrations lumineuses et des interférences aquatiques. Une aberration visuelle du point de vue de la réalité tangible, mais est-ce bien là l'important ?!... Une image, du point de vue d'un accident de parcours sur nos itinéraires forcés ; le résultat d'une contingence fortuite. Rien de plus.

 Aiguille du Midi, massif du Mont-Blanc/ PHOTO © JL Gantner




"SPACE ODDITY"



Je ne sais pas pourquoi cette bande de nuages un peu forte incrustée au-dessus de nos têtes depuis quelques jours, m'inspire ce vieux morceau de David Bowie "Space Oddity" (sur l'album Santa Monica), et "Andy Warhol" juste après. Cette "partie" de guitare (à deux minutes dix...) Je ne sais pas. Toute cette panoplie d'instruments de communications mobiles peut-être ?... Tout ce merdier qui flotte sur les lignes de conduites aléatoires et nos rencontres à flux tendus qui gâche tout. Cette multitude de séances d'entrainement pour passer l'hiver sur les chapeaux de roues et l'arrivée des trombes d'eau aujourd'hui. Je ne sais pas. L'idée d'échapper au pire alors que tout bascule forcément du côté le plus pressé.

 

Une marche d'approche dans les aiguilles de Chamonix (Massif du Mont-Blanc), au mois de juin 2012. Une méthode comme une autre pour mesurer la température du temps qui passe en attendant les événements de l'été. Quelques longueurs glaciaires dans la tentative d'un solide réchauffement de l'air ambiant. Une technique d'évitement bien rodée juste au commencement de la saison des soldes et une belle corde bleue pour tenter de tout raccommoder...




PHOTOS © JL Gantner - C. Gaillard 2012


mercredi 13 juin 2012

"ONE HUNDRED FISH FOUNTAIN"


"One Hundred Fish Fountain" Un banc de poissons (97 énergumènes en bronze) reliés par un réseau de tuyaux au dessus d'un bassin rempli d'eau... L’œuvre est de 2005, élaborée par le sculpteur américain Bruce Nauman, et se distingue singulièrement des figures les plus célèbres de l'artiste (Ces œuvres au néon...) Un aquarium à l'air libre de harengs figés dans le principe d'obsolescence générale, mais alimenté par un courant d'eau alternatif. "Être ou ne pas être"... Une question récurrente chez Bruce Nauman. Et je pensais à ces jours passés. Toute cette flotte qu'on se prenait sur la gueule en attendant le retour de l'été. Toute cette humidité dans l'air ambiant. Être ou ne pas être... abrutis par cent jours de pluie et trempés jusqu'aux os au lieu d'un soleil radieux dans ses yeux et une belle couleur dorée sur sa peau. Une fontaine de jouvence pour tout reprendre à zéro et retourner une nouvelle fois la question du temps qui passe dans les eaux sidérales de nos raisons submergées.Peut-être cette référence à Paul Klee. Ces "poissons dorés" de Paul Klee. Des collages de Matisse, la mosaïque de la synagogue de Hamat, que sais-je encore ? Une ligne tendue entre les nageoires de l’histoire pour se marrer un peu au milieu du "frai".





Bruce Nauman / "One Hundred Fish Fountain" (2005)

DESIGN ET MÉTHODE D'AGRANDISSEMENT GÉNÉRAL



D'abord cette « Lancia Flaminia Zagato super sport coupée 3C 2.8 » ... dans un état parfait, proposé, bon oui, évidemment !... pour tout de même un peu plus de 180 000 FCH —Mais l'objet est assez rare, dessinée dans les prestigieux ateliers milanais dans l’esprit de cette autre « Aston Martin DB4 GT » de 1960 croquée par Ercole Spada et produite à l’époque à seulement 19 exemplaires — pour être noté dans un journal, même borné à quelques digressions intimes et artistiques dans le for intérieur du temps qui passe et des vapeurs de voyages incessants, bien qu'entièrement gratuit, comme ce Journal de Néon™.  (Peut-être moins de cinquante exemplaires dans le monde à l'heure qu'il est (cette bonne heure Suisse à la seconde près !) pour ce V6 qu’adorait l’acteur Marcello Mastroianni. Cette scène « évidemment ! » où cette jolie Anita Ekberg et son Marcello… s’embrassent dans les eaux tumultueuses de la fontaine de Trevi. Cette impérissable « Dolce Vita » romaine de l’immense Fellini. Toute cette pellicule de gâchée aujourd’hui, sous les coups de boutoirs des algorithmes faciles, des modes de compressions pratiques et désenchantés !)





Une voiture et son élégance magnétique dans son acier brossé d'origine au hasard d'une vitrine commerciale de l’agglomération Baloise, alors qu'on avait rendez-vous dans l’instant à la foire et « qu’elle… » n’aurait aucune possibilité matérielle de m’y rejoindre pour me serrer dans ses bras à elle. Que l’odeur de sa peau, que ces yeux qui brillent dans le noir ; que son ventre, que l’intérieur de ses cuisses et malgré tous ses commerces anciens, toutes nos distances égoïstes, tous nos malentendus … 

 


Certains penseront qu'une bagnole en vaut bien des centaines d'autres, qu’une paire de phares un volant et un moteur sous le capot… comme beaucoup de ces épicuriens blasés penseraient aussi qu'un baiser peut en valoir des dizaines d'autres dégainés à n’importe quel coin de rue dans la lumière des néons... Ce drame, cette tragédie de la société de consommation (mais la notion s’est tellement dérobée depuis ce cher Andy, n’est-ce pas ?!) Je crois qu’il m’était arrivé d’être sur le point de lui parler de Rauschenberg sur un morceau d’Heather Nova… « I’m the girl » ; de Paul K « Flood the market » ou de Brandon Chandler « Starting over »… le tout joué sur une radio numérique embarquée pendant que la chaine sautait de mon dérailleur dans la grande bosse de la Colombière. Une pente infernale des Alpes françaises pour rejoindre le massif des Aravis depuis la vallée de Cluses. Plus de 1000 mètres de dénivelé sur plus de 15KM. Lui parler de Rauschenberg… de Pollock ou de Jasper Johns alors qu’on avait même pas commencé d’évoquer Rothko, ni même envisager la moindre discussion autour du boulot de Joseph Kosuth. Cette certaine image du monde réel… cette certaine idée du langage et de toute la légitimité des histoires d’amour pour arrêter d’être en train de crever tout le temps à l’intérieur d’une bande son écœurante… « Motherfuckers » peignait Bruce Nauman au début des années 70. Bruce Nauman et ses écritures… « lumineuses » aux frontons des baraques à frites, des machines de barbe à papas et des peep shows. « Sex ans death by murder and suicide, 1985 ». Et qui ne s’est pas un jour un peu retrouvé dans ce « clown torturé » d’un des plus grands artistes du siècle pris au jeu de son propre rituel ?!... face à face avec son propre masque d’amertume et grimé à l’excès pour faire marrer les gens de passage. Un des ces clown supplicié, piégé comme un con dans sa propre rigolade litanique. Cette sempiternelle affaire de ritournelle du temps qui passe. Cette fatigue des postures à tenir sous les églises et leurs files de combines…. 



Et moi qui voulait vous parler d’une rencontre « au camping » de Bale avec Clément Cividino… Un jeune collectionneur d’art, entiché de l’architecte Georges Candilis (un pote d’atelier du Corbusier dans ce paquet d’années seventies prolifiques dont nous ne cessons de causer ici). Candilis, l’architecte d’origine grecque associé à la « Cité radieuse de Marseille » et ces « Hexacubes » tombés  eux… dans l’oubli. (Des baraques de vacances en plastique dans leurs couleurs exactes ou leur créateur les avaient fait peindre pour les futurs estivants de Port Barcarès…) avant que Monsieur Cividino replace ces modules de villégiature futuristes dans le contexte de la grande foire de l’art et du Design d’Art Basel cette année 2012.


 


En 1972, Georges Candilis avait installé ce « camping de l’an 2000 » (27 « Hexacubes ») sur la commune de Leucate dans le Languedoc Roussillon. Un type d’habitat en polyester au confort franchement dépouillé, qui répondait à la philosophie de son auteur d’imaginer une nouvelle manière de vivre : « Le cubing ». L’idée d’un habitat modulaire et évolutif en fonction de l’agrandissement de la famille et de l’augmentation de ses revenus… (Tout un beau programme de réjouissances libérales au pays des autruches le bec planté dans un paquet d’oursons en guimauve et enrobé de chocolat croquant… ) JLG



PHOTOS © Jean-Luc Gantner 2012


mercredi 6 juin 2012

SUR LA ROUTE...



A chacun "sa route"… au moment où ce beatnik de Kerouac fait sa réapparition sur le devant de la scène occidentale grâce à l’objectif de Walter Salles (Central do Brazil, repéré à Sundance et Ours d’or à Berlin en 1998 .) Un « Kerouac » au format numérique pour être tout a fait transportable sur l’ensemble des écrans nomades de la planète.




Jack Kerouac… Le Sale Paradise de 1952 juste après la rédaction de son chef d’œuvre absolu en forme d’un road movie, un des mieux foutu que le monde moderne ait pu inventé pour réussir a tout flanqué par terre de nos amours passagères, l’espace d’une seule lecture assidue. « Sur la route » Pas un de ces pavés à se fader l’été sur la plage dans les odeurs d’ambre solaire et de bains de mer ouatée, mais juste quelques pages génialement hallucinées. Une simple nouvelle en vérité, écrite d’un seul tenant sur le même morceau de papier pressé contre un rouleau de la marque Underwood™ dans une chambre d’étudiant à New-York city au temps du temps qu’on prenait pour s’écrire encore avec des jolie lexies bien choisies. Le détail a son importance bien sûr (même si l’anecdote a été copiée/collée un bon milliard de fois depuis la mise sur le marché du langage « Basic » et de toutes les nouvelles formes d’expressions standardisées qui en découlent depuis). Le détail à son importance, vous disais-je, comme toute précision subsidiaire dans la vie des gens.




Ce bouquin écorné par exemple… Proust dans les doigts de Marylou à la portière de la jolie Hudson 49. «  Swan » comme une vapeur d’alcool récalcitrante dans la profondeur de champ d’une image sublime mais complètement blasée aujourd’hui.  Cette bagnole « nietzschéenne » et sa carrosserie dessinée pour épouser les courbes de la toute jeune mariée en pleine débâcle. Marylou/ Kristen Stewart, même étalée sur l’écran sous une couche de matière binaire plutôt qu’emballée dans une belle bande de celluloïd de chez Kodak™, tant pis ! (Une Marylou, analogique comme du temps des albums concept de Serge Gainsbourg...) Une route comme une génération  entière comprimée à l’intérieur des interstices d’un morceau d’asphalte encore rudimentaire (Burroughs, Ginsberg…) Une route, mais circonscrite à l’univers des paradis artificiels sur la terre d’Aphrodite.




Tout sauf la réalité de ces mondes perdus. Tout sauf cette merde d’organisation permanente qui nous gouverne à présent. La société lamentable « du management », les trusts… les monopoles de la raison obstinée. La multitude des flux imbéciles. Toute cette merde futile obsédée par le fric et la manière de paraitre au lieu d’une paire de bagages à boucler. Tout ce boucan superficiel au lieu d’une belle route aux contours un peu flous dans le tremblement des phares en pleine nuit. Ses jambes à elle dénudées dans la vibration lumineuse du rétroviseur mal vissé à côté du plafonnier. Ses yeux embués et brillants à l’arrière de la mythique Hudson 49 brun et argent aux belles formes arrondies. Marylou sur un fauteuil passager en cuir de la couleur clair pour faire ressortir ses yeux. Une jeune fille de 16 ans comme dans ce procédé d’ensorcellement commit par Nabokov en son temps.  « There are Twenty years to go » (lire : Tweny years to go…) « and Twenty ways to know » psalmodie Brian Molko / Placebo, sur les lecteurs MP3 du monde entier.  De Kerouac à Placebo. De Nabokov à Proust où dans l’ordre inverse… « Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin… ». Une route… cette route-là d’un maitre de littérature hors compétition et celle d’un musicien carrément à fond ce soir-là qui la croise par hasard croyant d’abord lire Flaubert. Ce principe génial de l’osmose/anamorphose qui règle l’esprit des mondes sensibles et qu’on ferait mine d’ignorer dans les écoles prudentes et légitimes de la raison « essentielle ».




Et j’imaginais alors un monde où rien n’aurait jamais plus le goût de ces « madeleines » ; de ces confessions intimes entrelacées qui refont surface dans l’ordre d’un grand chaos jubilatoire. Un monde où cette autre « Lolita », où ce « Dean Moriarty » singulier sous la plume d’un immense écrivain américain, ne serait plus qu’un fond d’écran froid sur un téléphone portable interchangeable. Un monde en promotion constante, allégé de toute passion persistante, où plus rien pour finir n’aurait de goût du tout. Un monde, cette « société du spectacle » où l’on aurait à se lever le matin pour regarder béatement le vide qui nous entoure dorénavant chaque jour comme une mauvaise rangaine. Un monde de fêtes, de noces illusoires… Un monde de réjouissances convertibles et périssables. Un monde sans mélancolie, sans spleen ; un monde sans chagrin léthargique. Pauvre « Dean » ! Pauvre « Sale » !… New-York, Denver, l’Ouest, la Californie et puis le nouveau Mexique… Une route comme un vieux disque pour revenir au point de départ 200 pages plus tard ou à la fin du film. Ce truc d’un moment passé dans le noir avec elle, en lui parlant de sa propre conception des marchands de belles routes à suivre. JLG

mardi 5 juin 2012

DU CYCLISME À LA TV AU MOIS DE MAI


Du Cyclisme à la télévision et son contre champ à la période du mois de mai. (Juste avant de prendre le temps d'une somme de choses à empiler entre nous, comme nos amours prêts à consommer du mois de juin, et cette forme d'apothéose fusionnelle prévue pour le mois de juillet).


 TOUR DU JURA/ Le "Direct" à Foncine-le-Haut


D’aucuns penseraient que le cyclisme n’est qu’une affaire de kilométrages filmés en plongée dans le décor fluide et apathique de quelques paysages remarquables du territoire français. Une séance d’endurance pour le téléspectateur chaque été au mois de juillet. Des heures de vacuité interminable sur l’écran avant que ce peloton ne se décide enfin « à mettre en route ». L’affaire, d’une belle échappée » filmée en plan serré depuis la moto accréditée pour s’approcher au plus près des audacieux guerriers à la manœuvre. « Le bon coup du jour », mais «repris » heureusement ! juste avant la séquence en plan large de « l’emballage final » et les interviews des principaux leaders avant de rendre l’antenne à la régie publicitaire.

  TOUR DE FRANCHE-COMTÉ/ Le "Direct" à Belfort


Cette idée commode d’un divertissement télévisuel convenu à l’avance pour rassurer tout le mode en n’inquiétant personne… Et je pensais : Du grand spectacle des courses cyclistes comme la matière d’un combat épique entre les préjugés récurrents des amateurs d’apéro à la plage, et ce corolaire d’une difficulté à prouver le contraire chaque fois qu’il manquerait des bretzels dans le paquet de petit gâteaux ».



 L'enregistrement audio pendant la course

Oui, bon, je sais ! Vous me l’avez déjà dit… Cette propension à m’étendre dans ces carcans de la pensée baroque et post-moderne, au lieu de vous envoyez tout cru une de ces bonnes formules toutes prêtes à avaler dans les soirées politiques. D’aucuns… oui ! penseraient… que nul n’est besoin de se mettre dans tous ses états pour si peu, et ils auraient surement leurs raisons. Une simple question d’horizon… Tout ça pour en venir au fait de quelques jours passés sur les routes pour suivre des courses par étapes du mois de mai dans le cadre d’un boulot de reporter à France Télé. 



Derrière la caméra principale : Jean-Marie Baverel piloté par Arsène Perros


De la pratique du  funambulisme d'un cameraman au sens de l'équilibre irremplaçable, et de toute ma considération pour cette mission considérable de rapporter des images magnifiques malgré des conditions météorologiques parfois calamiteuses. Un expert de l'image acrobatique et son motard équipé d'un système de bonhomie indéboulonnable. L'ensemble a raisonner dans la matière d'une relation quasi stellaire. 

 et puis l'obectif de JP Grandidier derrière Francis


"Le Tour du Jura" et puis dans la foulée, "le Tour de Franche-Comté" la semaine suivante. Cette sorte de digression d’un grand barnum sportif cycliste dans la grande machinerie audiovisuelle du printemps au lieu-dit d’une frontière franco-suisse plutôt perméable ces temps-ci d’un changement majeur de politique en France. quinze jours de poésie et d’art lyrique sur d’immenses chemins de traverse et leurs profils, oui, nietzschéens. De la grande littérature philosophique accrochée aux pentes abruptes d’un massif jurassien qui n’en demandait pas tant. Voilà comment tout a pris corps dans ma mémoire d’un souvenir de tournage "homérique". Tout sauf cette  platitude annoncée. Tout sauf ses poncifs attendus. Mais plutôt un plan de tournage à la convenance des événements .Un grand moment de suspense en réalité comme on dit des films de genre et du cinéma populaire. Ce style d’un temps suspendu au fil de la tension médiatique… Un numéro d’équilibriste à la fortune des aléas et des coïncidences… De quoi se régaler un peu d’une belle corde à sauter dans laquelle on peut encore se prendre les pieds en se marrant.


 TOUR DE FRANCHE-COMTÉ/ Un "Direct" sur la ligne d'arrivée de la première étape au Locle en Suisse


  TOUR DE FRANCHE-COMTÉ/ Le "Direct" au Locle (Suisse)


Pour la manière ensuite : Chaque soir, une fois passée la ligne d'arrivée avec les coureurs et à l'heure de la remise des récompenses sur le podium de la ville étape, les images tournées depuis la moto embarquée dans la course doivent être numérisées, montées et commentées sur des machines installées préalablement au moins pire des possibilités proposées par la géographie du terrain de réception... Un travail minutieux de mise en forme qu'il faut encore envoyer par satellite à la station de télévision de Besançon. "Juste à temps", c'est-à-dire bien souvent "juste" quelques secondes avant le Direct quotidien prévu dans l'édition du soir. Une course contre la montre où chaque membre de l'équipe présente sur place doit tenter de jouer sa partition sans une fausse note. Moins d'une heure après les derniers interviews enregistrés auprès des voitures d'équipes, l'oreillette crépite déjà pour préciser le temps accordé aux invités prévus dans le journal. L'heure, ultime... ou tout s'enchaine sans répit. L'envoi des images et du son au camion satellite, la course pour rejoindre le lieu du Direct et l'invité choisi en fonction des événements sportifs de la journée... Une course... contre le chronomètre, un smartphone collé à l'oreille pour rester en liaison avec la régie finale et continuer d'envoyer des photos sur le Blog Cycliste... préciser, l'orthographe du nom de la ville d'arrivée, celui du vainqueur de l'étape, celui d'un directeur sportif ou des bénévoles de l'organisation qui font l'objet d'un reportage ce soir-là. Le décompte de la scripte fait basculer alors d'un coup cette course infernale, dans l'univers intime et calfeutré d'un échange solennel avec le spectateur. L'exercice est rapide et forcément très intense où l'on doit essayer de dire l'essentiel dans la fenêtre exigeante d'un temps réduit le plus souvent à son comble. Juste la loi du genre vous me direz !... Mais chacun voit midi à sa porte, pour rester dans le principe télévisuel des jolis poncifs et des adages commodes. Ce moment où votre "invité" et vous, voyez le temps filer à l'allure folle d'une descente de l'Alpe au meilleur de sa forme.

 
La rédaction et la mise en ligne du blog sur la route du Tour


Le temps, un peu plus tard...  dans un café ou une chambre d'hôtel, de trouver une prise de courant pour recharger l'ordinateur, de trouver une connection quelqu'elle soit sur un réseau ou un autre pour continuer de transmettre le flux d'infos qui bourre un peu depuis le début de l'après-midi. (Une mine posée d'entrée par les gars d'Étupes dans la perspective d'une sortie de champ rapide dans le décor du peloton. Cette folle poursuite des hommes de Nogent pour maintenir leur maillot jaune bien dans l'axe des caméras. Cette bosse qui finira par tout faire exploser de la belle hiérarchie promise sur le papier. Un sprint de folie après le raid de quelques costauds jusqu'à la ligne d'arrivée...) Un paquet d'heures de boulot encore après la pause de 20H (le casse croute gargantuesque pour ne pas être obligé de tout digérer d'un coup,  et trois ou quatre éclairs au chocolat empilés pour donner un peu de corps au café). Le temps de trier, de sélectionner et de procéder au traitement des photos ; de monter l'ensemble des bonus vidéos (portraits, interviews, rencontres, plus belles images...) Le temps de rédiger quelques faits de course, et puis de tout mettre en ligne avant l'heure du petit déjeuner. Une nouvelle course aux points chauds pour rester dans le "timing" des événements en évitant "les bordures"...  et ne pas frustrer nos internautes les plus assidus.
 

TOUR DE FRANCHE-COMTÉ/ L'enregistrement d'un "plateau TV"
à Luxeuil-les-Bains avant le départ de la dernière étape


Le dernière étape sur le Tour de Franche-Comté. Toute l'équipe s'est donné rendez-vous sur la place de l'église St Pierre à Luxeuil-les-Bains. Ce jour là, la course quitte les faubourgs de la ville avant l'heure de diffusion du journal de la mi journée. Nous décidons alors de mettre en boite un "plateau" qui remplacera la réalisation d'un Direct (impossible à cette heure) sur le lieu du départ de la cinquième et dernière étape vers la Planche-Des-Belles-Filles. Où quand le principe d'improvisation devient forcément un caractère récurrent du métier de reporter.

 TOUR DE FRANCHE-COMTÉ/ Le "plateau" à Luxeuil-les-Bains


Le métier... Tous ces métiers du Tour dont nous ne soupçonnions rien de toute l'activité.  Plus d'une centaine de bénévoles au boulot chaque jour pour permettre le bon déroulement de la course. Des signaleurs, des arbitres, des conducteurs de véhicules (voitures, camions, motos), du personnel d'accueil et d'intendance, des livreurs, des cuisiniers... presque une ville entière. Une centaine de personnes avec qui forcément se créent des liens de travail puis très vite, d'amitié. En parallèle de notre temps réservé à l'antenne, nous avions choisi de mettre ces métiers de l'ombre "dans la lumière de nos projecteurs" comme on disait autrefois. Plus modestement, en profitant du Blog Cycliste de France 3 pour faire profiter nos internautes de ces rencontres. Une façon de mieux se rendre compte de l'organisation nécessaire au déroulement d'une grande compétition sportive dont la particularité est de rester perpétuellement en mouvement sur les routes.




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Et cette route toujours… des kilomètres en voiture, à moto, et même à pied pour courir des lignes d'arrivée vers les voitures d'équipes ou pour rejoindre les installations de télé.  Cette route qu’on finit forcément par aimé. Une vraie dépendance au macadam, à ces rubans d’asphalte bien dessinés dans la campagne.Le crachat de radio tour sur la HF, le vent qui s'engouffre par les fenêtres ouvertes des voitures le bras à la courroie de la portière. Le goût des pneus cramés par les accélérations successives dans en tête du peloton. La route, même assis dans cette bagnole qui ressemble à tout sauf à cette "Hudson 49"... d'un roman star de la fin des années cinquante dont je vous parlerai plus tard une fois la portière refermée de notre machin bourré d’électronique qui clignote de partout. JLG



 
Jean-Luc et Simon sur la route (entre 4 et 6 heures chaque jour...)


Au bilan de ces quelques jours passés sur les routes... Des reportages chaque jour et des directs TV midis et soirs dans les JT de France 3. Plusieurs dizaines de vidéos fabriquées sur la route, et visionnées "20 000 fois" par les internautes. Au total... plus de 5000 visiteurs uniques sur le Blog Cycliste de Franche-Comté pendant ce mois de mai. Un sacré boulot d'équipe. 





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